comment la folie entre et sort.

La chaleur faisait briller son corps, surtout ses jambes, qu'elle avait enduite d'huile. Elle était restée immobile sur son canapé, nonchalante, attendant que les heures passent, savourant un ennui indolent. Un morceau de journal s'était accroché à sa jambe molle, elle ne parvint pas facilement à le détacher.
Elle était vêtue d'une robe blanche et courte, qui lui arrivait un peu plus haut que les genoux. Elle portait des chaussures à talons, hautes, elles lui faisait mal, mais ne pouvait s'empêcher de les porter. Elle était seule depuis maintenant une semaine, mais son élégance n'avait rien perdu, elle se maquillait chaque jour avec précision et minutie, jouait avec les nuances de sa poudre, redressait ses cils avec insistance, aimait coiffer longuement ses cheveux, et finissait par se regarder toute entière dans son miroir, satisfaite, prête à braver dans toute sa dignité la solitude qui s'était engouffré peu de temps auparavant dans sa vie.

Son regard se perdait, ses paupières tombaient lourdement, l'ivresse lui accordait un caractère plus désinvolte qu'à l'habitude. Tout son corps sombrait dans un relâchement léthargique, sa robe était relevée, on voyait sa culotte noire. Elle souriait avec béatitude, puis brusquement riait au éclat avant de soupirer, pleurer, errer dans la pièce, jouer avec ses doigts, respirer plus fort, s'arrêter. Quelques livres étaient éparpillés sur le sol, quelques tasses de café trônaient sur une table basse, quelques cigarettes s'abandonnaient au désir d'être consumées. Le téléphone sonnait constamment, ne s'arrêtait jamais, c'était devenu une sorte de bruit de fond sans fin, régulier, assommant, habituel, qu'elle s'étonnait désormais à apprécier. La nuit elle écoutait le silence qui s'imposait lourdement, contrastait avec des journées vernies par la rue bruyante et le téléphone insistant. Le silence lui était détestable, arrivé à son paroxysme, il ressemblait plus à un cri strident et continu, inaltérable, à un brouhaha informe et chaotique de choses s'entrechoquant, se heurtant les unes aux autres avec maladresse, qu'à un calme serein et bienfaiteur.

Il lui arrivait de prendre soudain conscience de sa folie, et de se détester. Elle se dédoublait et examinait ce corps déambuler sans but dans un endroit embrumé par l'ennui, la solitude et la peur. Elle se regardait alors : crier avec démence, chercher à tâtons une cigarette, tomber, se blesser le genou, observer ce trou dans son collant qui s'agrandissait à une vitesse ahurissante, parler seule. Parler seule. Avoir un discours avec l'autre, celui qui fait partie de nous, qui se cache, mais qui surgit dans nos plus grands moments de faiblesse, qui cherche à nous déstabiliser, à nous faire trébucher. Des monologues sans fins se heurtaient à des dialogues absurdes. Parfois elle fermait les yeux, et traçait les contours d'un corps disparu avec ses mains, embrassait le vide, et ses bras retrouvait alors son corps seul, froid, envahit par le néant.

Et puis ce jour fut celui de trop. Perdue dans une hystérie sans pareille, elle prit un couteau long et pointu, étincelant, le soleil s'étant allongé sur lui, l'engouffra dans son c½ur, non sans une pointe d'hésitation, mais avec un trop plein de soulagement.


comment la folie entre et sort.
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# Posté le dimanche 14 juin 2009 08:48

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Toujours Amsterdam. Les puces. Et une vieille femme, un peu vulgaire presque mesquine. Photo prise à la va vite. J'aime.
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# Posté le lundi 23 février 2009 10:35

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L'homme aux pigeons. Amsterdam octobre 2008. Une froide journée d'automne, où la solitude s'incruste avec ferveur dans les moindres de nos mouvements.

# Posté le lundi 23 février 2009 10:30